signer avec les tout-petits

Aujourd’hui, c’est en tant qu’orthophoniste et maman que je rédige cet article. Vous avez peut-être entendu parler du baby sign, signe avec bébé, bébé signeurs ? Si ce n’est pas le cas, le principe est le suivant : utiliser des signes, ceux de la langue des signes françaises destinées aux personnes malentendantes, afin de proposer un mode de communication aux bébés avant l’émergence de la parole.

Cela peut sembler surprenant, même si la pratique se répand beaucoup. Dans cet article je vais essayer de répondre aux questions que l’on peut se poser, et vous livrer mon expérience personnelle. En fin d’article se trouvent un « mode d’emploi » de la démarche si vous êtes tentés, ainsi que des ressources pour apprendre les signes.

Pourquoi des signes pour les bébés entendants ?

Dès la naissance, les bébés ont des choses à nous dire, à nous montrer. Ils s’expriment d’ailleurs par des pleurs, que les parents arrivent progressivement à décoder. Cependant les organes phonateurs ne sont pas matures, et l’être humain ne parle pas avant 12 mois environ. Par ailleurs, on utilise naturellement les gestes avec les petits, comme les gestes conventionnels (bravo, au revoir) ou le pointage.

Avec les signes, l’idée est de signer les concepts importants. On leur fournit ainsi un modèle pour qu’ils puissent ensuite reproduire le signe quand ils en auront besoin. L’objectif n’est absolument pas de surstimuler les bébés. On continue à leur parler de façon naturelle, on va seulement appuyer sur les mots importants en signant en même temps qu’on dit le mot.

par exemple :

tu as faim, je vais te donner à boire (et on signe boire pour l’ensemble de cette phrase)
c’est l’heure du bain, je vais te laver (et on signe bain)
maintenant je vais changer ta couche mon chéri (et on signe couche)

Quels bénéfices pour les parents et les enfants ?

L’utilisation des signes permet qu’il y ait moins de frustration des 2 côtés – celui des enfants et celui des parents. Les petits peuvent ainsi nous communiquer leurs besoins et envies avant de pouvoir prononcer des mots. Cela réduit les colères de l’enfant liées à sa frustration, et permet un environnement plus calme.

Les signes permettent également des moments de complicité supplémentaires avec son enfant. Ils interviennent dans des situations d’échange et d’intimité qui contribuent à instaurer une relation forte entre les parents et leur bébé. On signe dans les gestes du quotidien, mais aussi autour des livres, quand on chante des comptines, quand on sort…

Les études montrent que les enfants qui ont signé ne parlent pas nécessairement plus tôt, mais que leur vocabulaire est plus étendu, plus précis, et qu’ils ont des facilités avec la communication en général.

Quand commencer à signer ?

On peut tout à fait commencer dès la naissance, et c’est ce que j’ai fait avec Aurèle. Il est très naturel pour moi de signer, car je suis formatrice pour le programme Makaton (un programme de communication destiné aux personnes en difficulté de communication, associant les signes de la Langue des Signes Française et des pictogrammes). Signer dès la naissance vous permettra de vous entrainer même si votre bébé n’est pas encore bien attentif ou ne mémorise pas encore les signes. Cela peut être difficile au début pour les parents d’associer la parole aux signes car ce n’est pas naturel. Commencer tôt vous aidera à prendre des réflexes. Bien sûr il ne faut pas s’attendre à ce qu’il reproduise avant plusieurs mois (entre 6 et 12 mois environ). Aurèle a produit son premier signe à 10 mois par exemple.

Vous pouvez aussi commencer plus tard, jusqu’à l’apparition du langage oral. Même si votre enfant dit déjà quelques mots, le fait de signer permettra d’augmenter son vocabulaire et de préciser certains concepts. Il lui permettra aussi d’être compris même si le mot n’est pas parfaitement articulé.

Dans tous les cas, il ne faudra pas se décourager. L’objectif est que l’enfant signe pour exprimer ce qu’il veut ou ce qu’il ressent. Mais en vous regardant faire les signes cela l’aidera déjà beaucoup à mieux comprendre et à être plus attentif.

Si seulement l’un des 2 parents signe, ou seulement les parents et pas l’assistante maternelle ou la crèche, ce n’est pas grave. C’est toujours mieux si tout le monde est en accord, mais votre enfant bénéficiera tout de même de ces quelques signes. Par contre s’il commence à signer lui aussi, il faudra que tout le monde ait le décodeur !

En pratique, comment faire ?

Il s’agit de faire les signes seulement en contexte, c’est-à-dire pendant un vrai moment de communication. L’enseignement n’est pas explicite (« voici ce signe, et ce signe, et ce signe »), au contraire nous faisons seulement un signe dans la phrase pour appuyer le concept le plus important, dans une situation naturelle.

Nous allons donc choisir des mots que nous disons souvent à notre tout petit, souvent des concepts en rapport avec l’alimentation, le change, le bain, les sorties, les jeux ou les livres. Nous parlons normalement à notre enfant, et pour le mot le plus important de la phrase, nous faisons le signe en même temps que nous disons le mot.

Quand votre enfant commencera à signer à son tour, ce n’est pas grave s’il ne refait pas le signe correctement. Il fait au mieux de ses capacités motrices. Mais de votre côté faites toujours le signe correct pour lui donner le bon modèle, sans le corriger (comme pour la parole en fait !).

En pratique, on peut sélectionner une dizaine de mots pour commencer. Voici la liste des signes que j’utilisais quand Aurèle était tout bébé :

boire, couche, bain, sortir, papa, maman, je t’aime, vêtements, poussette, maison

Puis j’ai étoffé progressivement, avec :

  • du vocabulaire qui apparaissait dans ses livres
  • les comptines
  • du vocabulaire lié aux sorties, aux activités, à l’alimentation

Et enfin nous avons enrichi avec ses centres d’intérêt (majoritairement les animaux) et les émotions (colère, peur, tristesse, joie).

Au fur et à mesure que votre enfant commencera à parler, les signes seront remplacés naturellement par les mots. L’utilisation des signes ne retarde absolument pas l’émergence des mots.

Une dernière remarque : il existe plusieurs signes pour chaque concept, je vous conseille d’en choisir un et de vous y tenir. Ainsi dans les livres que je vous conseille vous trouverez des variantes. La raison est qu’il s’agit parfois du signe LSF (et dans la LSF il y a souvent plusieurs signes selon les régions, comme les accents en langue orale), parfois d’un signe adapté pour les bébés.

Ressources

Livres : Bébé s’exprime par signes, 100 activités pour signer et communiquer avec bébé, Signe avec moi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

3 thoughts on “signer avec les tout-petits

  1. Merci pour cet article ! As tu le celui de joue pense parle sur ce sujet ?? Je trouve leur point de vue très dommageable… 🙁 je partage plutôt le tien.

    1. je n’avais pas lu leur article, j’y suis allée… Je ne partage pas du tout leur avis, comme souvent je les trouve très radicales, et inspirées d’un courant de pensées pas très scientifique… Il y est dit que la construction de la langue des signes prend le même temps que la construction de la langue orale. Sauf qu’on ne cherche pas ici à « construire » la langue des signes, mais seulement à proposer à l’enfant de s’exprimer avec quelques signes le temps que ses organes phonateurs (et le développement cérébral qui va avec) soient matures. On n’est pas dans une démarche de performance, ni de réduction à tout prix de la frustration. On continue à encourager la communication par tous les moyens possibles. Je serais « curieuse » de savoir ce qu’elles pensent des CAA du coup.

  2. J’ai utilisé la LSF pour mes deux enfants, et surtout pour le second, et j’ai adoré, malgré mes réserves au premier abord : en gros, pour le premier, je me disais qu’il s’agissait d’une nouvelle mode de parentalité machin-truc, et que j’étais déjà suffisamment débordée et culpabilisée pour ne pas me rajouter encore un truc à faire! Pour le second, j’étais débarrassée de tout ça (la culpabilité au panier et le ménage avec!) et je m’y suis mise à fond. J’ai convaincu aussi le papa qui s’y est super bien prêté (pourtant il n’est pas orthophoniste, lui, contrairement à moi! 😉 ), et nous avons adoré ce contact « les yeux dans les yeux » encore accentué avec la LSF (difficile de signer en tournant le dos à bébé!) et vu une grosse diminution des pleurs de frustration dès qu’il a commencé à signer lui-même (vers 8 mois). Les puéricultrices de la halte-garderie ont été très intéressées aussi, et m’ont dit regretter ne pas être assez formées (depuis, je caresse l’idée de suivre moi-même une formation pour former les parents et les pro de la petite enfance à la LSF).
    J’ajoute que dans le cas de fratrie, c’est vraiment extraordinaire de voir à quel point les aînés s’emparent de cet outil pour rentrer en contact avec le plus petit.