« pas grave maman » ou le lâcher prise expliqué par mon fils

La plupart du temps je suis plutôt cool. Flexible. Relax. Sur beaucoup d’aspects de notre vie.

La propreté : un enfant qui joue dehors, qui mange seul, qui est autonome est un enfant qui se salit. Je ne souhaite pas que mon enfant hésite à faire des expériences parce qu’il aura peur de ce que je pourrais lui dire à propos de la propreté de ses vêtements. Je lui achète des vêtements de qualité, mais pas de marque « luxueuse » donc peu onéreux. S’il se salit, il n’y a sans doute rien qui ne puisse être enlevé par la machine à laver. Et comme je ne repasse pas, aucune charge de travail pour moi.

La sécurité : merci la motricité libre, Aurèle a toujours évolué en toute indépendance. J’avais pris l’habitude de repérer les choses qui pouvaient être dangereuses et de les retirer de son environnement. Maintenant qu’il est plus grand, je ne le fais plus. Mais quand nous arrivons dans un nouveau lieu, je prends le temps de lui expliquer ce qui peut être dangereux, ou fragile. Et puis s’il tombe, et bien il se relève !

Dans la rue : nous sortons chaque jour en ville, avec de nombreuses rues à traverser. Depuis qu’Aurèle marche sur des distances de plus en plus longues, nous marchons sans prendre la poussette. Et depuis ses 2 ans nous la prenons très rarement, seulement pour les grandes distances. J’ai enseigné à Aurèle très tôt à s’arrêter à la route, à m’attendre, à regarder ensemble. Il a maintenant compris le danger que représentent les voitures. Au point que si je marche sur la chaussée, il me tire par la main en me disant « maman voitures écraser toi ». Du coup, je n’exige pas qu’il me tienne la main. Je le laisse partir devant moi, parfois 20, 30, 50 mètres, je sais qu’il s’arrêtera toujours à la route. Cela me demande un très grand lâcher prise (et de faire fi du regard des passants sur ce petit garçon que personne ne contrôle !). Je lui fais confiance et c’est à mon sens un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire à un enfant.

L’ordre : comme nous faisons la rotation des jouets, Aurèle n’a jamais beaucoup de jouets sortis. Les livres peuvent s’accumuler sur le canapé, la table, autour du lit. Je fais alors remarquer que l’on ne peut plus s’asseoir ou marcher, que l’on risque de les abîmer. Et je commence à les ranger. Aurèle vient souvent alors poursuivre le rangement avec moi. Comme d’habitude, c’est par imitation que les compétences s’acquièrent, et non en exigeant on en entrant en conflit.

Le temps : notre rythme de vie est assez lent, et s’adapte en grande partie à Aurèle. Je n’ai presque jamais besoin de le presser. Si je ne travaille pas, nous allons à notre rythme en fonction de ce que nous voulons faire. Si nous avons décidé de nous rendre quelque part, et qu’Aurèle traîne pour se préparer, je peux dire « la bibliothèque va bientôt fermer, si nous voulons emprunter des livres il faudrait partir maintenant », et je l’aide à accomplir les tâches qui lui sont encore difficiles (comme mettre ses chaussures). Quand je travaille, Aurèle est gardé à domicile. Il n’a jamais besoin d’être prêt tôt le matin, avant que je ne parte. C’est la baby sitter qui suit alors son rythme, l’accompagne pour son petit déjeuner, sa toilette et l’habillage. Finalement s’il ne s’habille qu’à 10h et prend une collation dans la matinée car il n’avait pas faim le matin, il n’y a aucun problème pour nous.

Certaines personnes diront que nous faisons de lui un enfant roi, que nous sommes laxistes, qu’un enfant a besoin d’être éduqué et d’obéir, ou encore que la vie est faite de contraintes et qu’il vaut mieux s’y préparer.

Je répondrais que notre cadre éducatif est pensé, que nous accordons beaucoup d’importance à l’autonomie, et que c’est en ayant confiance en soi que l’on développe des ressources pour trouver des solutions aux contraintes que la vie met sur notre chemin. Cette façon de penser est très certainement hérité de notre enfance. Pour ma part, j’ai toujours eu la confiance de mes parents, pour tous les choix que j’ai pu faire. Aujourd’hui, si je n’ai pas peur de choisir une vie « différente », de ne pas faire comme tout le monde, d’avoir de nouveaux projets, et de réfléchir à des solutions aux problèmes qui se présentent, c’est grâce à cette confiance en moi.

Je disais donc que la plupart du temps  je suis cool.

Et puis il y a ces moments où je pense à autre chose. Où je suis davantage stressée. Où j’oublie où se trouvent les priorités. Où je le presse pour aller au manège. Où je râle pour un papier déchiré. Où je soupire pour un repas qui s’éternise.

« Pas grave maman ». 

Et là, c’est comme si tout mon référentiel était remis en perspective. Non ce n’est pas grave mon chéri.

La maladie, les guerres, la souffrance des enfants, la malhonnêteté, l’injustice, ça c’est grave. Manger à 13h ou se coucher à 21h30, rafistoler un livre avec du scotch, ramasser les débris d’un verre cassé, ce n’est pas grave.

Alors merci à mon fils de m’aider à remettre de l’ordre dans mes priorités et à lâcher prise sur ce qui n’est pas important.

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