l’instruction en famille est-elle faite pour nous ?

A moins d’avoir soi-même bénéficié de l’instruction en famille, ce n’est pas la première voie d’instruction à laquelle nous pensons quand notre enfant arrive à l’âge fatidique de 3 ans. C’est encore un choix assez rare en France, puisque 0,3% des enfants âgés de 6 à 16 ans sont instruits en famille.

Cet article n’a bien sûr pas pour but de vous dire si l’instruction en famille est faite pour vous, vous seuls pouvez le dire. Mais il prétend répondre à quelques questions que l’on peut se poser quand on réfléchit à l’éventualité de l’instruction en famille.

Est-ce légal ?

Oui !

Article L. 131-1 du Code de l’éducation : « L’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans. » Article L. 131-2 : « L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix. »

En France, c’est l’instruction qui est obligatoire et non l’école. Tous les enfants ont droit à l’instruction. Cette instruction a pour « objet de garantir à l’enfant, d’une part, l’acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d’autre part, l’éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d’exercer sa citoyenneté. »

La récente loi sur l’école de la confiance a abaissé le début de l’instruction obligatoire à 3 ans, et l’a étendu jusqu’à 18 ans. Mais il s’agit bien toujours de l’instruction et non de l’école.

L’instruction en famille peut démarrer à tout âge, y compris en cours d’année scolaire, et il est possible de (re)scolariser son enfant à tout âge, y compris également en cours d’année scolaire.

Quelles sont les démarches administratives ?

Si on décide d’instruire son enfant en famille, il faut envoyer 2 lettres avec accusé de réception : une à la mairie de son lieu de résidence, une à la direction des services départementaux de l’éducation nationale de son département de résidence. Ces lettres doivent parvenir dans les services au plus tard le jour de la rentrée scolaire, ou 8 jours avant la déscolarisation si celle-ci se fait en cours d’année.

Je vous propose ici des modèles de lettres à télécharger : pour la mairiepour la DSDEN.

Quels sont les contrôles ?

Ils sont de 2 types également.

Une enquête effectuée par la mairie, tous les 2 ans : cette enquête n’est pas une enquête sociale, elle est effectuée aux fins d’établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s’il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille.

Un contrôle pédagogique effectué par l’inspecteur de l’éducation nationale, tous les ans : ce rendez-vous, qui peut être réalisé à domicile ou non, a pour but de vérifier que l’enfant reçoit bien une instruction qui lui permettra d’arriver au socle commun à la fin de la scolarité obligatoire (18 ans). Il ne s’agit pas d’une évaluation de l’enfant, mais bien de la qualité de l’instruction qui lui est proposée.

Faut-il avoir des compétences ou des diplômes dans le domaine de l’éducation ?

Non.

En France il n’est pas nécessaire d’avoir une formation d’enseignant, ou un niveau d’études particulier. Je pense qu’il est cependant important de pouvoir se renseigner sur les différentes pédagogies, les stratégies d’apprentissage, le développement de l’enfant afin de pouvoir faire des choix éclairés. Cela peut se faire grâce à des lectures d’ouvrages, des forums, des blogs, des MOOC…

Faut-il avoir des moyens financiers importants ?

Non. Il n’est pas nécessaire d’acheter des dizaines de manuels, du matériel pédagogique ou de vouloir recréer une salle de classe. Je pense qu’il faut faire avec ses moyens, tout simplement. L’ambiance et la qualité des journées en IEF ne sont pas dépendants de l’argent que vous y mettrez, mais de tellement d’autres choses : disponibilité, curiosité, propositions variées, sécurité affective, confiance…

Les sorties et activités peuvent être gratuites ou à bas prix (à plusieurs familles on peut bénéficier des tarifs de groupe), les manuels, livres et jeux achetés d’occasion ou empruntés en bibliothèque, médiathèque, ludothèque, les supports d’apprentissage gratuits sur internet sont très nombreux, il existe des ateliers gratuits, les prêts entre familles instruisant à la maison sont possibles. Il y a beaucoup de possibilités !

Un des parents doit-il arrêter de travailler ?

Il est certain que le fait de ne pas scolariser ses enfants suppose une certaine disponibilité. Comme il est stipulé dans la loi, l’instruction peut se faire par n’importe quelle personne désignée par les parents. Il peut donc s’agir d’un des parents, d’un ami ou d’un membre de la famille ou de l’entourage, ou tout cela à la fois !

En pratique, un des parents ou les 2 adaptent leur organisation professionnelle : arrêt de l’activité, aménagement pour télétravailler, reconversion pour travailler de la maison, temps partiel pour les 2 parents… Le choix de l’IEF s’accompagne souvent d’une réflexion sur le mode de vie de façon plus générale, avec une réduction des dépenses liées à la consommation, un déménagement pour une région moins chère, une modification de l’alimentation (plus de fait maison, moins de plats cuisinés couteux), ou encore des choix sur les sorties.

Par ailleurs, de nombreuses économies sont réalisées quand les enfants ne vont pas à l’école : pas de frais de garde avant ou après la classe (périscolaire, baby sitter, garderie), pas de frais de cantine, pas de frais de transports, moins de frais de vêtements et chaussures (ils s’abiment souvent moins vite et les enfants n’auront pas d’exigences particulières de marques pour faire comme les camarades), moins de frais de fournitures (réutilisation d’une année sur l’autre, moins ou pas de cahiers), pas de cartable, pas de coopérative, de voyages ou de sorties scolaires obligatoires, des vacances sur les temps scolaires donc moins onéreuses, etc.

Vais-je y arriver ?

Nous sommes conditionnés, en tant qu’adultes ayant effectué toute notre scolarité à l’école, à penser que les apprentissages ne peuvent se faire qu’à l’école, avec un enseignant qui a fait des études pour cela. Pourtant, quand on réfléchit aux compétences qu’on mobilise au quotidien, pour notre vie personnelle et professionnelle, peu de choses nous ont réellement été enseignées à l’école. On considère que dans le monde du travail, un adulte apprend à 70% par l’expérience, 20% par l’échange, le contact et 10% par la formation formelle et/ou lecture. Nous apprenons par la vie, sur le tas, par des formations complémentaires sur des sujets qui nous intéressent, etc. En fin de compte, en guidant nos enfants dans un style de vie d’apprentissage perpétuel, ils rechercheront les choses dont ils ont besoin et le désir d’apprendre au bon moment.

Et que vont dire la famille, les amis, l’entourage ?

Quand on ne connaît pas la loi, la possibilité d’instruire en famille, les modalités, on peut être surpris par ce choix. A vous de voir si vous voulez expliquer, convaincre, ou juste faire des choix personnels et assumés pour vos enfants.

Faut-il suivre un programme ou prendre des cours par correspondance ?

Les familles qui choisissent l’IEF sont libres de leurs moyens pédagogiques. On peut citer les cours par correspondance (CNED, Pi, Hattemer, Sainte Anne, Legendre, Ker Lann, Griffon…), la pédagogie Montessori, la pédagogie Steiner-Waldorf, la pédagogie Charlotte Mason, les manuels scolaires, les apprentissages informels… Beaucoup de familles piochent aussi dans différentes pédagogies, l’idée étant de créer une ambiance sur mesure qui corresponde aux besoins de notre enfant, avec ses particularités propres.

Faut-il une salle de classe dans la maison ?

Il n’est pas utile d’avoir un équipement particulier à domicile comme l’aménagement d’un coin spécifique pour étudier. L’apprentissage se fait souvent partout : à domicile et à l’extérieur de la maison (visites, sorties, nature, musées, rencontres, marché, famille, amis…).

Combien d’heures faut-il travailler par jour ? Faut-il respecter des horaires comme à l’école ?

A nouveau, aucune obligation, aucune bonne façon de faire. Certaines familles sont rassurées en se fixant un programme et des horaires précis, d’autres vont davantage suivre les intérêts de l’enfant et vivre, tout simplement. A noter qu’on considère qu’à 6-7 ans, 1 heure en individuel correspond à une journée d’école. Donc on ne peut pas calquer un rythme scolaire classique de 6 heures dans une salle de classe avec 30 enfants sur une instruction individuelle.

Si vous suivez des cours par correspondance, un programme est proposé avec une progression et des devoirs à renvoyer, et parfois le temps approximatif des leçons. Certains enfants finissent le programme en quelques semaines, surtout dans les petites classes, d’autres vont le faire durer toute l’année.

Nous ne sommes pas tenus non plus de respecter les vacances scolaires ou les week ends. Et on se rend compte qu’il n’y a pas moment précis pour apprendre ! Parfois un questionnement émerge à 21h, ou un dimanche ! Et le fait de pouvoir partir en vacances sur les temps scolaires est très appréciable financièrement.

Peut-on passer des examens ?

Bien sûr. On peut passer le brevet des collèges et le baccalauréat en candidat libre.

Et la socialisation ?

La grande question ! Qui me hérisse un peu je l’avoue, mais qui est aussi légitime quand on ne connaît pas le monde de l’instruction en famille. Un mythe de l’IEF c’est que l’on fait « l’école à la maison » et que les enfants ne sortent pas de la journée, ne voient personne, et restent avec leur parent-enseignant à un bureau ! Cela ne reflète absolument pas la réalité.

Les enfants instruits en famille ont beaucoup de temps pour sortir et rencontrer des personnes d’horizons variés (et non seulement des enfants de leur quartier et leur âge). Ils peuvent faire des ateliers, des activités structurées comme du sport, de la musique ou de l’art, ils rencontrent des bébés, des enfants, des adultes, ils vont au parc, dans les magasins, dans les transports en commun, ils rencontrent d’autres familles en IEF, ils visitent des musées, ils se font des amis partout,… Il n’y a pas de limite, et la liberté que procure l’IEF permet justement de faire des rencontres plus diverses que lorsque les enfants sont toute la journée à l’école.

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3 thoughts on “l’instruction en famille est-elle faite pour nous ?

  1. Bonjour, merci pour vos articles inspirants.

    Ah la grande question de la socialisation… je réplique souvent « vous aimeriez être enfermé avec 15/20/30 personnes du même âge toute la journée ? » grrrr plus de richesse en IEF !!

  2. Merci pour cet article au top! Tellement heureuse de le lire avant de commencer l’aventure ief! As-tu déjà préparer le dossier pour le “contrôle” ?