instruction en famille : la pédagogie charlotte mason

Pour cette série sur les pédagogies alternatives, je commence par Charlotte Mason, pédagogue britannique de la fin du 19è – début du 20è siècle.

Moins connue que Montessori ou Steiner, sa pédagogie propose des apports pour le moins intéressants. Elle est très populaire aux Etats Unis et en Grande-Bretagne chez les familles instruisant à la maison.

Principes

Charlotte Mason était enseignante, mais, persuadée que les parents sont les premiers éducateurs de l’enfant, elle donne des conférences sur le « homeschooling », puis écrit des livres à ce sujet. Selon Charlotte Mason, l’éducation est « une atmosphère, une discipline, une vie ».

Atmosphère – Cela comprend l’environnement dans lequel grandit l’enfant. Nous savons que les enfants absorbent beaucoup d’éléments de leur environnement familial, qui se doit à ce titre d’être riche et naturel, c’est-à-dire non préparé spécifiquement pour lui. J’en parlais dans cet article.

Discipline – Charlotte Mason parle ici des bonnes habitudes, et notamment le comportement. Il est important de mettre en place des routines pour les enfants, qui puissent leur libérer l’esprit. Ainsi, avant 6 ans, aucun apprentissage formel n’est proposé. Mais les parents feront attention à corriger les mauvaises habitudes, afin de développer chez leurs enfants attention, concentration, self-control, autonomie, empathie, curiosité, vivacité…

Vie – La pédagogie est centrée sur les apprentissages vivants, opposés aux faits, dates ou connaissances enseignés de façon sèche. Tout repose sur la transmission de pensées riches, d’idées inspirantes, et d’ouverture au monde. Les enfants vont d’abord apprendre grâce au contact de la nature, puis grâce à des leçons courtes et vivantes et des livres riches variés, les living books.

Dans la pédagogie Charlotte Mason, les livres et la nature sont au centre des apprentissages de l’enfant.

Les living books

Charlotte Mason estime qu’il est du devoir des parents (ou des éducateurs) de proposer aux enfants des sources d’inspiration, afin que celui-ci soit baigné dans les idées nobles, les actes courageux et les exemples d’héroïsme.

Ces sources d’inspiration sont présentes dans les « livres vivants », les living books, qui sont à fournir en grande quantité. Charlotte Mason est tout à fait opposée aux livres qui « appauvrissent » l’esprit de l’enfant, en ne rendant pas justice à son esprit vif : les histoires prévisibles, trop enfantines, et pour les ouvrages scolaires, les listes de dates, ou les résumés.

Par exemple, l’orthographe va s’enseigner au travers des livres plutôt qu’en apprenant des listes de mots. Pour l’histoire, la géographie, ou les autres sciences, les living books sont également préconisés : biographies, récits de voyages, fiction, récits historiques, poésie, etc.

Les living books ne sont pas forcément des livres longs. Ils peuvent être lus (lecture offerte) aux enfants jeunes, à partir de 2-3 ans. Puis quand l’enfant en est capable il lira tout seul.

Dans la pédagogie Charlotte Mason, on va donc privilégier les critères suivants :

  • l’ouvrage doit être très bien rédigé, par un auteur passionné avec une plume d’excellente qualité.
  • il contient des idées vivantes, qui nourrissent l’esprit, ainsi que des idées nobles, avec des valeurs et une morale (devoir, honnêteté, héroïsme, dépassement de soi)
  • les idées exposées sont présentées de manière enthousiaste et engagée, ils déclenchent des étincelles dans l’esprit des enfants, du plaisir, sollicitent l’imaginaire, rendent les concepts vivants.

Vous trouverez notamment des listes de living books ici (sciences et maths) et ici chez Petits Homeschoolers, chez Eve Herrmann, et ici le site Living Books France.

La nature

Elle est l’autre pilier de la pédagogie. Charlotte Mason préconise 6 heures de sortie par jour, par tous les temps. La nature est en effet un outil éducatif puissant : l’enfant peut apprendre quantité d’informations (notamment sensorielles) dans la nature qu’il ne trouvera jamais dans les livres. Même avec le meilleur des livres, il ne connaitra la sensation du vent, les relations physiques, l’odeur de la lavande, etc. que par un contact fréquent avec l’extérieur.

Dans nos vies, notamment quand on habite en ville, sortir 6 heures par jour paraît difficile. Mais les sorties quotidiennes sont réellement indispensables. Une promenade au parc, le plus « sauvage » possible (et non l’aire de jeux !), une balade en forêt, un long moment au jardin, la découverte d’une rivière, les journées à la plage. Il s’agit de laisser les enfants totalement libres de découvrir l’espace, sans contrainte ou activité dirigée. Ces heures passées dehors permettent aux enfants de se dépenser au grand air, de jouer ensemble, de courir, de sauter, de grimper, de tester leurs limites physiques.

L’adulte reste présent, bienveillant, et peut montrer le modèle : observer une feuille ou un insecte, écouter le chant d’un oiseau, analyser les éléments d’une fleur… Il peut aussi répondre aux questions posées par les enfants, et éventuellement proposer des livres à la maison en rapport avec les intérêts du moment.

Les enfants peuvent aussi rédiger un journal de la nature, pour noter une observation intéressante qu’ils auront faites lors d’une sortie. Il s’agit d’un exercice très riche : il développe les capacités d’observation, le vocabulaire, la précision dans le dessin, la rédaction, et on garde ainsi une trace des changements de la nature au rythme des saisons. Le journal de la nature encourage également à approfondir un sujet en allant cherchant des informations supplémentaires.

Ce que j’apprécie

Je suis sensible à beaucoup d’éléments de l’approche de Charlotte Mason. La nature et les livres, c’est la vie ! Si je pouvais m’en contenter, et passer mes journées avec Aurèle dehors, à lire, je serais la plus heureuse !

Dans la pédagogie Mason, on ne cherche pas à inculquer aux enfants des listes de faits, de dates, et des connaissances non reliées les unes aux autres. C’est je pense ce que je reproche le plus à l’enseignement classique proposé à l’école. Pour moi il est important de présenter les leçons dans un contexte, et c’est donc un aspect qui me plaît beaucoup.

Les livres qui occupent une grande place dans cette approche ont également une place de choix dans notre quotidien. Nous passons plusieurs heures par jour à lire, à converser autour de nos livres, à dessiner à partir d’un livre, à flâner à la librairie, ou (pour ma part) à rechercher des collections intéressantes pour enrichir notre environnement.

J’aime aussi le fait que l’environnement moral et culturel proposé soit riche : grâce aux nombreux livres de qualité bien sûr, mais aussi à l’accent mis sur l’éducation à la morale, la politesse, les valeurs de courage, d’empathie, d’honnêteté ou de devoir. La liberté de ne pas aller à l’école permet également d’avoir du temps pour des sorties culturels comme les expositions ou les musées.

Un autre point crucial pour moi est le contact avec la nature. Le temps préconisé à passer dehors est difficilement atteignable pour nous mais nous sortons quasi quotidiennement, et je mets un point d’honneur à laisser Aurèle libre d’explorer, de se salir, de prendre le temps d’observer, dans des contextes variés. Nos déplacements fréquents nous permettent de découvrir des écosystèmes assez différents.

En outre, par rapport à la question des apprentissages, je trouve séduisant le fait de ne proposer aucun apprentissage formel avant 6 ans. Me documentant beaucoup sur le unschoooling et les apprentissages autonomes, c’est le chemin que nous prenons au moins pour les prochaines années. Dans la pédagogie Mason, le formel débute donc à 6 ans, mais avec des leçons très courtes et à nouveau vivantes et ancrées dans le réel. Des leçons de 15 minutes maximum sont ainsi proposées pour un enfant de 10 ans. Elles sont liées les unes aux autres, favorisant des modes d’enseignement qui me parlent beaucoup, telles que la narration ou la copie.

Enfin, la pédagogie Mason ne contraint à aucun achat de matériel coûteux (et c’est peut-être la raison pour laquelle elle est si peu investie actuellement, contrairement à Montessori). Il « suffit » de livres en quantité, de papier-crayon, de matériel artistique de qualité, de matériel pour l’observation de la nature (microscope, loupe, jumelles), et un peu de matériel de base dont l’on se dote quelle que soit la pédagogie que l’on choisit (et même si les enfants sont scolarisés !) : boulier, globe, matériel de géométrie, balance de Roberval,…

Ce que j’apprécie moins

Le point qui me séduit le moins est l’importance accordée à la religion, qui n’est absolument pas présente chez nous. Mais ce n’est pas l’élément central, dans le sens où l’on peut tout à fait s’inspirer du reste de l’approche de Charlotte Mason, sans la religion. La beauté de cette approche est qu’il n’y a pas de progression stricte, et qu’elle est davantage pour moi une « philosophie » de vie et d’éducation.

Ressources

Petits Homeschoolers : Laura est la maman de 5 enfants instruits en famille, en partie selon la pédagogie Charlotte Mason, et tient ce blog.

La pédagogie Charlotte Mason volume 1 et volume 2 : traductions des ouvrages de Charlotte Mason par Laura Laffon, seuls ouvrages en français sur la pédagogie.

Le grand livre des pédagogies alternatives, avec 8 pages sur l’approche de Charlotte Mason

Une année avec Charlotte, le blog de Sara, instruisant en famille ses 2 enfants

Simply Charlotte Mason (en anglais)

 

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