éviter la surcharge d’activités

En ce premier week end de septembre, traditionnellement celui des forums des associations, des réflexions sur les activités extra-scolaires, voire des inscriptions à celles-ci, je viens poser ici quelques pensées au sujet de la surcharge d’activités.

Mon propos s’inspire beaucoup des écrits de Kim J. Payne, auteur entre autres de Simplicity Parenting (qui signifie littéralement « parenter » de façon simple, ce verbe n’existe bien sûr pas en français, il est intraduisible et c’est bien dommage. « To parent », ce n’est pas éduquer, c’est accompagner, être parent, être responsable, un peu tout cela à la fois et d’autres choses encore. Cela implique bien plus que seulement éduquer. Bref. Cet ouvrage est disponible en français sous le titre « Parents tout simplement », qui est loin du sens du titre original, mais heureusement le contenu est fidèle. Fin de la longue parenthèse). Cet ouvrage, essentiel pour moi, et que je conseille très régulièrement, insiste sur la simplification de la vie quotidienne : simplifier l’environnement, filtrer ce qui vient du monde des adultes, introduire un rythme et de la fluidité, permettre aux enfants d’anticiper, simplifier l’emploi du temps. Il cite de nombreuses exemples tirés de sa longue expérience de consultant familial, et insiste toujours sur la possibilité pour les enfants de bénéficier de plages importantes pour jouer de façon libre, sans contraintes, sans attentes de l’adulte, sans intervention.

De nombreux enfants aujourd’hui sont bien trop surchargés d’activités. Les parents, dans une démarche tout à fait louable, essaient de s’assurer que leurs enfants n’aient pas une minute libre après l’école, pendant les week ends et les vacances. Ils remplissent littéralement le planning de leurs enfants. Ils organisent des après-midis de jeux avec les copains, les inscrivent à de nombreuses activités extra-scolaires, anticipent les vacances en prévoyant des sorties quotidiennes, ou les envoient en colonie. Mais en leur épargnant l’ennui, les parents empêchent précisément leurs enfants d’obtenir ce dont ils ont besoin pour devenir indépendants et créatifs dans leurs jeux. Les enfants ont besoin de s’ennuyer de temps en temps de manière à dépasser ce sentiment et trouver leurs propres idées de jeux.

Je parle en connaissance de cause. J’ai fait des accompagnements à 14h au moment de la sieste de mon bébé, j’ai connu des enfants qui avaient une voire 2 activités différentes chaque soir. D’autres qui rentraient à 20h30 un ou plusieurs soirs de semaine. Nous imposerions-nous cela à nous-mêmes ? Et même si ces activités sont plaisantes pour les enfants, n’est-ce pas trop tout de même ? En tant que parents, nous restons garants de leur sommeil, de leur besoin de calme, de repos, d’immersion dans leurs jeux. Et c’est à nous de trancher.

Quand ils s’ennuient, les enfants commencent à voir les objets autour d’eux d’un nouvel oeil. Ils augmentent ainsi progressivement le niveau de complexité de leurs jeux. C’est aussi quand ils ont du temps non structuré devant eux qu’ils peuvent respirer et méditer un peu sur les choses de leur vie, et que de nouvelles idées viennent. Cela peut être difficile pour un parent de voir son enfant déambuler sans but dans la maison ou rester assis sans rien faire, le regard fixe. Il nous faut abandonner nos préjugés et essayer de les laisser tranquilles. C’est aussi dans les moments où nous laissons nos esprits vagabonder, où nous sommes oisifs en apparence, que nous trouvons nos idées, que nos projets germent. Personnellement, c’est souvent en vacances, avec un rythme ralenti et du temps pour penser, que je crée, que je réfléchis à de nouveaux projets ou que j’ai mes meilleures idées.

Ce que nous qualifions de « jeu » n’est pas toujours en phase avec ce que les enfants qualifient de jeu. Ils ont besoin d’un temps dédié à la prospection et à la réflexion avant de s’investir dans des formes de jeu créatives. Plus que tout, les enfants ont besoin de temps dans leur planning, pour s’entraîner à surmonter l’ennui. Pour cela il leur faut du temps libre et c’est à nous de le leur procurer, à nous de résister à l’urgence de leur trouver quelque chose à faire tous les jours, pendant leurs soirées, leurs vacances, leurs week-ends.

Nous devons veiller à incorporer dans le rythme quotidien suffisamment de plages horaires dédiées aux jeux libres. Cela signifie des heures consécutives sans rien avoir à faire. Nous y parvenons souvent pour les plus jeunes, mais avec l’entrée au primaire c’est plus délicat : devoirs, activités extra-scolaires, pratique d’un instrument, sorties organisées, etc. empiètent sur le précieux temps libre de l’enfant, de façon de plus en plus importante à mesure qu’il grandit. Cependant, le jeu libre lui est toujours aussi indispensable, et continuera à l’être chez le pré-adolescent voire l’adolescent, même si sa forme sera modifiée : travaux manuels, pratique d’un instrument pour lui-même, productions artistiques (peinture, écriture, dessin).

Je suggère souvent aux parents avec lesquels je travaille en coaching de dresser un planning réel des journées de leurs enfants, et de compter les heures de jeu libre, sans écran, sans intervention parentale. Considérons qu’un enfant de moins de 6 ans devrait passer au moins 20 heures dans la semaine à jouer. Cela peut être à l’intérieur, dehors, tous les jeux imaginables, mais choisis par lui ou ses pairs, et non par les adultes. Entre 6 et 12 ans, ce temps va baisser un peu, et progressivement être remplacé par ce que nous appellerons des activités de loisirs comme écouter de la musique, lire, voir ses amis pour discuter. Et baisser encore après 12 ans.

(Vous pourriez par ailleurs réfléchir au temps que vous consacrez à vos activités de loisirs dans la semaine. Cet article et ces réflexions peuvent vous servir à vous créer du temps pour jouer vous aussi ! Lire, coudre, tricoter, écouter un opéra, écrire, jardiner, composer un bouquet de fleurs… Les bienfaits d’activités « pour soi », même en tant qu’adultes, ne sont plus à prouver.)

Revenons-en à nos enfants. Si le nombre d’heures de jeu de votre enfant actuellement ne vous satisfait pas, essayons de l’augmenter, et créer les conditions nécessaires pour que votre enfant s’épanouisse davantage dans le jeu. N’hésitez pas à me contacter pour un coaching personnalisé, je vous accompagnerai avec grand plaisir dans la création d’espace mental, physique et de temps pour permettre à votre enfant de s’immerger dans du jeu libre de qualité. 41% des enfants âgés de 9 à 13 ans disent qu’ils se sentent stressés la plupart de temps voire tout le temps, car ils ont trop de choses à faire. Et plus de 75% des enfants aimeraient avoir plus de temps libre. Effarant, non ?

La place du jeu dans la vie de l’enfant est importante, énorme, indispensable. André Stern a écrit : « Nos enfants ne font aucune distinction entre jouer et apprendre. Ces notions sont des synonymes à leurs yeux. C’est pourquoi ils ressentent comme une injonction paradoxale la demande qui leur est faite, un matin tombé des nues, d’arrêter de jouer pour se mettre à apprendre. C’est ce que vous ressentiriez si je vous demandais de respirer sans prendre d’air. » Le jeu permet aux plus jeunes d’explorer, d’expérimenter, de découvrir leur environnement. Aux plus grands il donne l’occasion de devenir créatifs, de s’entraîner à réguler leurs émotions, d’améliorer leurs habiletés sociales et même de mieux se connaître. Le jeu physique, et notamment extérieur, contribue quant à lui à développer la musculature, la motricité fine et globale, ou encore la coordination.

Le jeu est tellement important que, dans des pédagogies alternatives comme Waldorf (proche des propos de Kim J. Payne), l’introduction des apprentissages intellectuels est retardée afin de permettre à l’enfant de constituer les forces qui lui seront nécessaires pour les aborder sans dommage pour lui. La volonté de laisser toute sa place au jeu dans l’enfance est considérable. Il est une composante tout à fait essentielle de la vie de nos enfants et de leur développement dans l’épanouissement.

Proposer une activité extra scolaire à votre enfant ne lui permet pas de voir ses amis en dehors de l’école, il s’agit seulement d’un cours de plus, d’une activité structurée, avec des consignes d’un adulte, où il faut souvent rester silencieux. Un prolongement de l’école en quelque sorte. Votre enfant souhaite voir ses amis en dehors du cadre de l’école ? Invitez les à la maison, permettez-leur de se retrouver au parc, en forêt, à la plage, bref sur des temps réellement libres.

Les activités structurées (musique, sport…) nécessitent souvent des accompagnements par les parents. Mercredi taxi vous connaissez ? Et au-delà de l’activité en elle-même, c’est toute une organisation autour : parfois manger dans la voiture car le cours est à 12h30, attendre ses frères et soeurs pendant leur cours dans un gymnase lugubre, se presser car le cours de l’un finit à 15h et celui de l’autre commence à 15h15, etc. Est-ce ce type de temps non qualitatif que vous voulez proposer ? Les soirs de semaine, le mercredi, le week end devraient ils se résumer à des accompagnements des uns et des autres ? Et vous, là-dedans ? Et vous ?

Quelques outils ou pistes qui peuvent vous aider à repenser le rythme de votre enfant, et finalement votre rythme familial tout entier :

  • qui veut choisir cette activité ? Vous ou votre enfant ? Y a t-il un désir de performance, parfois non avoué ? De succomber à la pression, d’impressionner d’autres parents ?
  • choisir une activité qui n’empiétera pas sur les repas : les bienfaits des repas en famille sont tellement nombreux !
  • proposer aux copains de venir à la maison plus régulièrement, ou les accompagner en forêt, au parc, voire au musée, au cinéma ou à des expositions ponctuellement. Eviter les activités structurées qui auraient seulement pour but de retrouver les amis.
  • proposer des activités ponctuelles au moment des vacances : une après-midi à la salle d’escalade, une séance de bowling, une heure de cours d’aquarelle, un atelier ikebana…
  • choisir UNE et une seule activité
  • réfléchir différemment l’enseignement d’une discipline : votre enfant souhaite apprendre le piano ? pourquoi ne pas demander à sa Mamie de lui enseigner ? votre enfant veut savoir parler russe ? le voisin russe s’en ferait peut-être une joie ? apprendre la vannerie ? allons voir ensemble sur Youtube… Tout ne s’apprend pas dans un cours pour enfants, mais souvent juste en sollicitant l’entourage, ou en apprenant par soi-même.
  • différer le début des activités : par exemple pas avant 8 ans, ou 10 ans.
  • pensez à vous, comment vous voyez l’organisation, le rythme. Ne vous laisser pas malmener par votre envie de bien faire ou l’insistance de votre enfant. Il se fera à l’idée de ne pas faire de football en club le dimanche matin, mais seulement avec les copains et la famille dans le jardin. Mais vous, vous avez besoin de votre grasse matinée le dimanche. C’est une question de survie parentale.
  • décider que plusieurs journées se feront seulement en famille, et qu’il n’y aura pas d’activités structurées ces jours-là, seulement des temps de connexion ensemble. Faites moi confiance, ces temps seront bien plus précieux que tous les cours de danse classique !
  • laisser du temps entre les activités, notamment quand vous avez plusieurs enfants : ne courez pas de l’une à l’autre pour remplir vos obligations.
  • continuer d’encourager le jeu libre à la maison : proposer des jeux ouverts, du matériel artistique, des instruments de musique à disposition
  • et augmenter le temps en extérieur, dans la nature : promis, vos enfants ne s’y ennuieront jamais !

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2 thoughts on “éviter la surcharge d’activités

  1. Merci Charlotte. De me conforter dans mes envies, mes choix pas forcément toujours bien conscientisés. Cela va m’être Très utile dans cette nouvelle vie !