Accompagner un enfant de 2 ans qui bégaie

Récemment, Aurèle a commencé à développer un bégaiement. Il bute sur certains mots, se bloque, et pour d’autres il répète un son (comme “t-t-t”) avant que le mot suivant ne puisse sortir. En tant que maman, c’est assez déroutant, mais en tant qu’orthophoniste, je ne suis pas inquiète.

Cependant quand on ne connaît pas particulièrement le bégaiement et le développement du langage de l’enfant, c’est un trouble de la communication qui peut être impressionnant. On peut se retrouver démuni sur l’attitude à avoir et l’aide à apporter à son enfant. J’ai donc pensé que quelques informations à ce sujet pourraient vous intéresser, ainsi que des conseils sur la conduite à tenir devant un enfant jeune qui bégaie.

Qu’est ce que le bégaiement ?

Le bégaiement consiste en des « accidents de parole » : des répétitions de sons ou de syllabes, des blocages, des sons qui se prolongent, avec parfois des mouvements involontaires du visage (crispations, mouvements de la tête, clignements des yeux…).

Le bégaiement débute le plus souvent entre 2 et 4 ans, quand l’enfant commence à parler. Pour 8 enfants sur 10, les accidents de parole vont cesser spontanément. Cela signifie qu’il faut en connaître les mécanismes et intervenir de façon précoce si l’on veut éviter que le bégaiement ne devienne chronique.

Que faut-il éviter de faire ?

Le bégaiement se manifeste lors de situations d’échanges, c’est-à-dire que l’enfant ne bégaie pas quand il chante seul dans sa chambre par exemple. C’est l’attitude de l’interlocuteur, ainsi que l’environnement au quotidien, qui vont pouvoir influer sur le bégaiement. Ainsi, certains comportements vont accentuer le bégaiement et risquer de l’ancrer.

  • éviter de demander un effort à l’enfant pour bien parler
  • ne pas lui dire « prends ton temps, calme-toi, respire, articule » car cela va lui demander encore plus d’efforts, et donc accentuer les accidents
  • baisser les exigences éducatives liées à la propreté, la continence, la politesse, le rangement, le biberon, la tétine
  • éviter de nier les accidents de parole
  • éviter de limiter la communication verbale sous prétexte que c’est difficile pour l’enfant
  • ralentir le rythme et éviter les exigences temporelles dans le quotidien (« dépêche-toi, vite, on va être en retard »)
  • éviter de reposer la question quand la réponse tarde à être formulée (par vous ou par l’autre parent)
  • diminuer les sources d’excitation, de grande fatigue, des émotions trop intenses répétées
  • éviter de faire répéter un mot sur lequel l’enfant a buté
  • éviter de faire comme si on n’avait pas compris pour qu’il répète la phrase
  • laisser le temps à l’enfant de faire ses expériences, de tâtonner, sans être toujours sur son dos ou vouloir lui donner la réponse trop rapidement
photo Camille

Ce qu’il est préférable de faire

  • se mettre à la hauteur de son enfant
  • lui donner toute son attention au moment où il nous parle
  • lui proposer le mot qu’il cherche, non pour aller plus vite mais pour l’aider et lui montrer qu’on l’accompagne
  • écouter réellement ce que dit l’enfant (le fond) plutôt que la façon dont il le dit (la forme)
  • reformuler ce que l’enfant vient de dire et attendre sa validation, pour lui permettre de reprendre confiance
  • l’encourager à aller au bout de ce qu’il veut dire, pour qu’il n’abandonne pas : par un regard qui montre que vous êtes intéressé par la fin de sa phrase, une main dans son dos, sur son bras
  • poser des questions fermées, dont la réponse est oui ou non
  • s’il s’agit d’une question ouverte, réduire le nombre de choix proposés
  • laisser le temps de répondre, attendre la fin de la phrase
  • alléger les contraintes de la journée
  • lui dire que l’on a vu que c’était difficile pour lui parfois de sortir les mots, mais qu’on est là, qu’on l’écoute
  • préférer les formulations positives « dans la rue, on marche car les voitures sont proches » plutôt que « ne cours pas ! »

Il est bien sûr nécessaire d’associer tous les interlocuteurs de l’enfant à la démarche : les 2 parents, les frères et soeurs dans la mesure du possible, l’assistante maternelle, les grands-parents, le personnel de la crèche ou de l’école.

N’hésitez surtout pas à consulter un orthophoniste, cela peut être seulement pour quelques rencontres, afin de vous aider à modifier quelques éléments du quotidien et de la communication avec votre enfant.

Pour en savoir plus :

Site de l’Association Parole Bégaiement 

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